17. La Société fédérale de gymnastique des Charbonnières, fondée en 1912.
La Combe, en dessus du village, c'était le lieu de tous les exploits.
    Voilà encore une société dont les archives se sont perdues corps et âme. Restent quelques bribes de documents, et surtout un certain nombre de photos qui permettent de donner une image approximative des activités de cette société.
    Celles-ci consistaient en entraînements en salle en vue de la soirée annuelle, où la deuxième partie comprenait des productions diverses  capables d'amuser les spectateurs. Pour ce qui est de la première partie, gymnique, le clou du spectacle était naturellement le grand tour au reck. Des frissons passaient dans l'assemblée et nous étions persuadés que nous ne pourrions jamais nous-mêmes faire des envolées pareilles. Ce qui fut bien le cas, la tête en compote rien que de faire une seule culbute. C'est pour cette raison que nous considérons volontiers ces anciens gymnastes comme des héros, fait plus que de chair humaine, d'acier! Ils nous laissent un souvenir formidable de puissance et de courage. Honneur sur eux tous, ils n'ont pas démérité.
    Encore moins dans les concours d'été, où parfois l'on restait à la Vallée pour une régionale quelconque, mais où souvent l'on s'en allait par le canton se confronter à d'autres caïds. Et vous ne le croirez peut-être pas, mais nos gaillards, tout en pectoraux et en bicepts, gymnastes, lutteurs, athlètes, ils nous ramenaient souvent des médailles, et surtout des lauriers dont ils pouvaient ceindre leur tête pour des séances photos qui allaient graver sur le verre ou sur la pellicule, leurs fabuleux exploits. La Rome antique n'était pas si loin que ça de ces coutumes, non pas barbares, mais profondément viriles. Fallait voir ces lutteurs bouffer de la sciure par les yeux, par les oreilles, par le nez et par la bouche, mais en fin de compte, après un combat acharné digne des meilleurs glatiateurs de cette même Rome antique, terrasser l'adversaire, c'est-à-dre le coucher les deux épaules au sol.
    Applaudissements, et le soir, ou le lendemain, de retour au village, les honneurs.
    Les lauriers se mettraient dans une vitrine, ou se perdraient dans un galetas quelconque. Où sont aujourd'hui tous ces souvenirs ? Et les channes, et les verres, et les plaquettes ? Peut-être ne subsiste-t-il plus rien, et que tout ou presque a passé à la décharge.
    Ainsi meurent les vieilles époques, celles qui ne reviendront pas. Jamais.