17. Cette Orbe qu'on assassine.
L'Orbe telle qu'autrefois.
    C'était en 1962 que l'on rectifiait le cours inférieur de l'Orbe, partie Vallée de Joux. D'immenses machines avaient débarqué au Sentier pour lui redresser la colonne, à cette Orbe par trop sinueuse, lacets divers qui gênaient l'homme moderne qui ne se promenait plus déjà qu'avec une équerre et un double-mètre dans la poche. 
    Ils ne furent pas nombreux à manifester. C'était le progrès. Et celui-ci, allait permettre dans un second temps possible, que l'on se mette à l'ouvrage aussi en aval à partir du pont des Moulins. Ainsi aurait-on possédé un joli canal qui, depuis la frontière, aurait traversé la Vallée en une ligne droite que l'on aurait pu admirer tout à loisir vue d'avion! 
    Le temps, heureusement, eut raison de ces technocrates un peu trop empressés. 
    Ils ne sont plus guère nombreux aujourd'hui, ceux qui se souviennent aujourd'hui de l'Orbe ancienne, et qui pourraient vous dire tous les plaisirs qu'ils avaient eu à pêcher entre le pont des Moulins et le lac, alors que la rivière gambadait encore joyeusement dans un espace presque libre de constructions. Les photos anciennes témoignent de cet état idyllique. On en retrouvera quelques-unes dans le dossier joint. On y trouvera aussi des correspondances au sujet de cette laborieuse rectification, cette mutilation, pourrions-nous dire. 
    Chose à signaler, l'Orbe naturelle appartient encore en généra au royaume de la carte postale noir/blanc. La fin de cet état voit heureusement déjà la couleur, ce qui nous permet de contempler in extremis le joli parcours qu'empruntait alors notre rivière si justement baptisée Orbe, Urba, en latin, courbe, méandre. Nos anciens ne s'étaient donc pas trompés alors qu'ils la baptisaient de ce beau nom.