176. Le berger du Planet.
Direction Le Planet, là-haut, où c'est si beau et où va décéder Julien Péclard.
    C’était pour lui l’heure de mourir. Non pas que son existence ait été menacée en ces prochains jours, mais son état physique, en somme, n’était pas  bon, et il avait en lui cette prescience qu’il ne ferait plus de vieux os ici bas. Il aurait pu s’apitoyer sur son sort, sur cette chienne d’existence qu’il avait eue, toujours dans les chalets l’été, et l’hiver à des petits boulots en plaine où à la Vallée, pour compléter un salaire de belle saison absolument minable, mais il ne le fit pas. En somme, cette fin, elle l’arrangeait. Car il se voyait dégrader plus de jour en jour, et cet état rachitique, comme il l’appelait, ne l’intéressait pas. Quand on ne peut plus aller normalement sur ses deux bonnes jambes, alors il vaut mieux partir. Voilà sa philosophie. Partir, et si possible dans de bonnes conditions, non dans un hôpital où l’on vous donne du Monsieur Péclard à tour de bras juste avant de vous mettre en caisse et de vous oublier. Définitivement.