165. Lauterbrunnen et sa vallée.
Lauterbrunnen vu par un "petit maître" du XIXe siècle.
         Formidable vallée de Lauterbrunnen. Celui qui l’a vue, ne serait-ce qu’une seule fois, ne saurait l’oublier. Il y a  ces immenses parois de rochers, mais plus encore ces chutes qui semblent venir de nulle part pour se projeter par delà les  falaises et retomber au fond de la vallée en une poussière d’eau dans laquelle se joue la lumière.  C’est sublime.    
    Trop peut-être. D’aucuns sont attirés par ces parois prodigieuses, montent au sommet et s’élancent dans le vide pour trouver des sensations hors du commun. Mais aussi souvent une fin prématurée. C’est ce que l’on appelle s’éclater, dans tous les sens du terme ! N’y aurait-il pas ainsi plus de trente personnes qui auraient trouvé la mort de cette manière, et en très peu de temps ?  Lourd tribut à la folie des hommes. Desquels, anéantis de cette manière, le goût du risque a son prix voire sa funeste récompense, on remplirait un joli cimetière de campagne.    
     Cela ne retiendra personne.     
    Que ne leur prend-il pas, à tous ceux-là, de se pencher plutôt que de se lancer dans le vide sur la beauté des lieux, cet extraordinaire paysage, et prendre conscience qu’ils ont là sous les yeux l’un des sites les plus extraordinaire du pays, et pourtant celui-ci n’en manque pas. Quel prodige que ce long travail d’érosion, cela depuis des millions et des millions d’années, en un temps si long que nul homme n’est capable de l’appréhender. Aussi parle-t-on de siècles, voire de millénaires, où l’eau, le gel, le vent, les glaces, avec une patience exemplaire, ont sculpté cette vallée et ces montagnes. Et il en sera encore de même pour des millions d’années. Qui saurait sonder ce temps qui passe et nous emmène en ces au-delàs dont le contenu nous échappe ?     
    Bien des voyageurs se sont arrêtés à Lauterbrunnen et ont témoigné de leur admiration du site. Par le dessin pour certains, par la plume de l’écrivain pour d’autres. Il conviendrait d’établir une vaste compilation de tous ces écrits. Pour l’heure nous n’en avons retenu que quatre. Ce sont peut-être les plus accessibles, voire même les meilleurs.     
    On sait de plus que Goethe a lui aussi passé à Lauterbrunnen et que ce serait à la vue de la plus grande des cascades qu’il aurait composé son poème : Gesang der Geister Ueber den Wassern Ce passage est signalé par tous les guides touristiques actuels. Et pourtant aucun ne cite l’ouvrage où Goethe aurait parlé de son séjour à Lauterbrunnen.  On pose l’année 1779, on déclare qu’il s’est arrêté à tel ou tel hôtel et qu’il aurait tenu les propos que l’on rapporte. Pour nous, ayant passé une matinée pleine à faire des recherches pour retrouver les écrits du grand auteur propres à Lauterbunnen, nous n’avons rien vu ni lu sur le sujet.    
    On nous renseignera.      
    Lauterbrunnen fut pour nous un arrêt d’une à deux heures seulement. Et pourtant voilà un souvenir qui ne s’efface pas, et qui, curieusement, aujourd’hui, tant il fut intense, nous demande des recherches et un travail dix fois plus conséquent que cette rapide promenade. C’est que nous avons pris conscience en un instant, sur place, que cet endroit, quelque part, est un cœur absolu de notre petite patrie pourtant diverse d’une incroyable profusion de sites tous plus admirables les uns que les autres.