160. L'Amérique flamboyante.
Le volant, symbole d'une Amérique obèse!
    Nous reproduisons ici un fascicule publicitaire de "the National Geographic Society, Washington, USA". Année 1938 ou 1939. Divers sujets y sont évoqués par des textes succincts et par de belles photographies couleur. L'une de celles-ci, celles du centre, nous a frappé. Il s'agit d'un groupe de six jeunes filles de la bonne société américaine placées derrière le portail d'entrée de ce que l'on peut suposser être une villa. Ce sont six beautés d'une fraîcheur confondante, habillées des belles jupes de l'époque, lèvres fardées, dents blanches, coiffures parfaites, bref l'Amérique dans ce qu'elle a plus étincelant, pays supposé pleinement heureux par toutes les européennes qui eurent l'occasion de découvrir des images de ce type,  d'autant plus que l'Europe, à l'époque, nageait dans un climat de guerre suffoquant. 
    On imagine sans peine le choc que peut représenter la découverte de tels documents et l'attention qu'on peut leur porter.  Faire pareil. Et pour les jeunes filles de ce temps-là, se maquiller pareil, s'habiller pareil, se tenir pareil, penser pareil ! En quelque sorte les prémices du paradis en lequel vous pénétrerez inévitablement un jour. 
    Ce cliché extraordinaire que vous pourrez découvrir à votre tour dans cette rubrique, nous en a donné presque instantanément le titre:  l'Amérique flamboyante. Et peu après nous nous sommes souvenu d'une promenade qu'y avait faite quelque dix ans plus tard, rien n'avait changé, au contraire, la société de consommation américaine était véritablement à son apogée, une demoiselle Marthe Rochat des Bioux. C'était en 1948. Cette jeune fille, curieuse de tout, qui plus tard avait donné un récit extraordinaire de son voyage, découvrait un pays incroyable. Elle indiquait la manière dont l'on organisait les "petites bouffes" en plein air, où les convives laissaient la moitié, pour ne pas dire les trois-quarts de ce dont ils se servaient dans leur assiette, où des steaks entiers et non consommés prenaient le chemin de la poubelle, bref, où l'on se fichait éperdument d'une nourriture que l'on avait à profusion et qui ne coûtait, on le suppose, presque rien. Obésité magistrale, insensée, révoltante bien entendu pour qui la contemple plus d'un demi-siècle plus tard. 
    Concernant les voitures, un fait nous en dit encore plus long sur cette civilisation du gaspillage. Notre pauvre Marthe Rochat, qui s'essayait à la conduite, avait massacré la voiture de son oncle. Rude choc où elle avait passé par dessus le volant pour aller buter contre la vitre, sans conséquences graves néanmoins. L'oncle allait-il pleurer sa belle voiture ? Même pas. La preuve en est donnée par Marthe elle-même qui raconte: 
    "Je vois oncle Sam qui arrive sur la route pour me prendre avec sa belle nouvelle Dodge vert pâle. Il disait hier en rencontrant quelqu'un qui avait une vieille auto: "Oh le pauvre homme! Il n'a point de nièce pour lui casser sa voiture. Il est obligé de l'user!"
    Tout du même bois. Et pourtant tout ces gens-là étaient religieux, s'assemblaient plus que régulièrement en des assemblées diverses, et prônaient la charité. 
    Décoiffant!