15. Du côté de Vallorbe, les Sources de l'Orbe.
L'Orbe a donné naissance à des mousses d'un vert d'une splendeur sans égale.
    Voir sortir des rochers les quantités prodigieuses d'eau de l'Orbe à la résurgence d'en Cugillon, est un spectacle magnifique. On resterait là à regarder couler cette rivière des heures, et sans que celle-ci ne puisse tarir, comme si les réservoirs compris dans la montagne étaient d'un volume infini, que rien ne pourrait arrêter jamais cette vidange presque insensée de nos sous-sols calcaires. C'est, à vra dire, presque une incompréhension que de contempler cette eau tumultueuse glissant sur les mousses d'un vert profond, presque lumineux, et de savoir que de tout le temps que l'on pourrait passer par là, il n'y aura aucun arrêt, ni aujourd'hui, ni demain, ni jamais, somme toute. 
    Ce spectacle, Horace-Bénedict de Saussure en a joui comme personne avant lui, et il a bientôt donné une description de cette source qui allait devenir un modèle, texte repris, modifié, copié maintes et maintes fois sans que l'on retrouve naturellement la grâce de l'original. A lire ces quelques lignes, on jubile! 
    La visite de la source de l'Orbe est régulière, une fois l'an, ou, tous les deux ans. Et à chaque fois la magie opère. On est là dans un monde qui semble n'avoir pas évolué depuis des milliers d'années, on est remonté dans le temps pour en revenir aux premiers âges du monde, on en vient à offrir  un véritable culte à cette nature primitive qui agit sur vous avec une puissance formidable. On est transcendé, transfiguré, et c'est à ne pas le croire !