147. Henri Conus, bûcheron (1914-1989.
Le grand Conus "recharge".
La haute silhouette de l'homme traîne encore en ces lieux souvent déserts du grand Risoud. C'est là, à proximité du Poste des Mines, qu'il a mené l'essentiel de sa carrière de bûcheron. Il logeait au Poste lui-même. La solitude, on connaît, aurait-il pu dire.
Il ne s'en plaignait pas. Il supportait. Et la solitude et le silence. Et le matin il repartait à l'attaque des grandes fuves qu'un garde-forestier de sa connaissance avait marquées.
Il avait une tronçonneuse comme l'on en fait plus, d'un poids de plomb, d'une longueur de plateau démesurée. Et le bruit de cet engin de musée, tout à coup emplissait les sous-bois de la vaste forêt, faisait fuir un chevreuil, monter au sommet d'un arbre un pauvre écureuil effrayé d'un tel vacarme, alors que d'ordinaire, ici, c'est le silence.
On sut un jour que Conus était un grand voyageur, et qu'une fois l'an, il quittait ses solitudes pour s'en aller dans quelque coin du monde. Avec sa barbe, avec les habits que l'on imagine qu'il pouvait endosser, avec surtout des panards d'une longueur à ne pas le croire, les plus grands pieds de l'armée suisse en son temps!, il devait faire sensation!
Figure résolument mythique. Inoubliable. Digne de ce Grand Risoud qu'il a si longtemps habité et où il avait trouvé non pas seulement un moyen d'y gagner sa croûte, mais aussi sans doute une vraie philosophie de la vie. Sa conversation devait être édifiante.