13. La forêt est si belle.
Une pure image de l'hiver dans le Petit Risoud.
    Presque trop belle! Parce qu'on n'arrive pas à assimiler pleinement cette immense beauté et qu'il nous en coûtera bientôt de l'abandonner, comme si elle n'avait été que d'un instant, superficielle, tandis que votre vie à vous serait seulement dans ces bas où vous retrouverez le chaud de votre maison. 
    On l'a laissée, oui, la grande et belle forêt. Derrière soi. On l'a à nouveau abandonnée pour oublier déjà tout ce qu'elle a pu nous offrir l'espace d'un instant. Son silence, son merveilleux parce que la neige la recouvre toute. Son mystère aussi, car au-delà de la piste que vous parcourez, il doit y avoir des choses vraiment étranges, pas ordinaires, et celles-ci nécessiteraient qu'on les découvre et qu'on les fixe. C'est en quelque sorte un gâchis de beauté, comme s'il y en avait trop, et que plutôt que de la saisir dans son ensemble, on n'en prenne qu'un tout petit élément qui puisse nous satisfaire. On n'a pas le pouvoir, en fait, de comprendre vraiment cet environnement si peu commun, si hors de notre vie de tous les jours. Il faudrait un autre sens, et puis d'autres yeux aussi. Et puis quelque chose en nous qui enregistre, mais cela non pas de manière superficielle et passagère, mais à jamais. Comme si vous aviez la possibilité de passer un film en vous et que celui-ci dure toujours. Allez, hop, sortez le film et recommencez. Et non seulement en hiver, au coeur de l'été, quand plus rien, ni même ici, ne peut vous rappeler ces images inoubliables, d'une pureté absolue et presque immortelles dans leur pourtant si grande fragilité. 
    En fait, ce sont vraiment là des choses incompréhensibles.