131. Le rêve du solitaire, un conte de Sylvestre de Julie Meylan, paru dans la Feuille d'Avis de la Vallée le 2 janvier 1929.
En mon jardin il n'y a plus de fleurs depuis que celle-ci est morte!
    Ce soir là, pour ne plus entendre les bruits de la ville, celui qu'on appelle le Solitaire ferma très tôt la porte de sa tour. Là-haut, dans la mansarde aux poutres brunes, ne parvenait aucune rumeur. Dans l'étroite fenêtre à meneau s'encadrait un coin du ciel tout pointillé d'étoiles. La pièce basse était tiède, car le feu achevait de consumer une grosse bûche qui, en s'effritant, laissait rouler dans la cendre de petites avalanches de braises rougeoyantes. Au plafond, une araignée tissait sa toile. C'était l'heure du recueuillement qu'affectionne le Solitaire. Parfois une flammèche capricieuse venait éclairer l'ombre, mais ce reflet fugace ne durait guère et bientôt l'obscurité revenait plus dense et plus mystérieuse.