125. Alors la flamme éclaire la nuit! un conte de Sylvestre de Julie Meylan - paru dans la Feuille d'Avis de Lausanne du 31 décembre 1920 -.
Comme un feu dans la nuit...
      On leur a donné le même nom et à l’état-civil, ils se succèdent à huit jours d’intervalle. Plus ressemblants que des jumeaux, ils ne sont pourtant que des premiers cousins, comme on dit là-bas. C’est-à-dire que leurs deux pères étaient frères. Comme Pierre Elie Dubied, du Muguet, celui de la Meillette a des yeux aussi bleus qu’un lac de montagne et des épaules remontantes, à cause de la hotte qu’il faut porter constamment derrière le dos. Tous les deux ont une tête massive, aux traits fortement accusés et un menton carré, révélateur d’obstination. Vêtus d’une façon identique, ils portent l’habit brun en laine du pays et les guêtres jaunâtres qui emprisonnent étroitement la jambe. Ils marchent avec une allure toute pareille et parlent de la même façon traînante en élevant un peu la voix sur la dernière syllabe. A l’école où ils se tinrent toujours compagnie, on avait grand peine à les distinguer, et, pour éviter des erreurs, le maître les surnomma Pierrollon et Pierrollet. Ces sobriquets les ont suivis à l’école militaire et à travers la vie jusque dans le conseil communal dont ilks font partie tous les deux. Ressemblants au physique, ils le sont plus encore au moral ; même honnêteté en affaires et semblable amour un peu farouche pour le sol natal. Cependant, comme il n’est de belle médaille sans un envers, le mauvais côté des Dubied se traduit par une intraitable susceptibilité. Semblable à la cuscute tueuse du blé, elle paralyse les plus belles qualités des deux cousins.