124. Le Noël de Virginie et de Samuel, un récit de Julie Meylan - paru dans la Feuille d'Avis de Lausanne du 24 décembre 1918 -.
Un joyeux Noël pour Virginie et Samuel...
    Depuis tantôt cinquante ans, le malheur passait devant la Maisonnette sans même regarder la petite porte encadrée de houblon. Il montait plus haut par les vignes, ou bien il descendait vers le lac, ou encore vagabondait à droite, par les sentiers qui mènent aux fermes des Replats. Cela ne pouvait durer indéfinis sèment, car le malheur entre partout. Pas de porte assez lourde ni de verrous assez solides pour s’en garantir. Il faut, sans doute, qu’il en soit ainsi pour le bien des hommes, et la petite flamme d’amour brille mieux dans les yeux qui ont pleuré. C’est pourquoi on ne doit pas trop craindre le malheur ; s’il vient, on le regarde bien en face, comme les bons soldats fixent l’ennemi. Alors, parfois désarmé, il s’en retourne en oubliant de frapper.    
    Donc, l’autre semaine comme il passait devant la Maisonnette au lieu de descendre tout droit, il a poussé le portait rustique, traversé le courtil où picoraient les poules, enjambé les carrés de choux et effeuillé la dernière rose des quatre saisons. Puis il est entré.