112. La Bibliothèque populaire du village des Charbonnières, créée le 30 août 1880.
Une bibliothèque parmi tant d'autres...
    Quel village n'eut-il pas sa bibliothèque ? Pratiquement aucun. C'est qu'il convenait, en cette époque déjà lointaine, dès la seconde partie du XIXe siècle, de tout faire pour qu'une population puisse se cultiver. Et si, dans un premier temps on pensait qu'elle se satisferait d'une culture religieuse en laquelle elle trouverait ses uniques satisfactions, il fallut rapidement constater que ce type d'ouvrages était de moins en moins prisé et qu'il devenait de toute nécessité,  si ce n'est de faire le ménage complet de ce type de publications, tout au moins d'accorder aux lecteurs autre chose que ces éternelles "bondieuseries" qui auraient fini par vous transformer chacun des habitants d'ici en un vrai pasteur!  On en vint donc, et très tôt, à acquérir les romans du jour ou passés, grands classiques sur lesquels on avait pourtant  jeté l'anathème autrefois, il n'y a pas si longtemps.   
    Il n'est ainsi pas certain que Rousseau fut très prisé en ces bibliothèques, ni non plus quelques-uns de ces autres grands auteurs dont la parole un peu trop libre n'était pas du goût de nos censeurs. Mais peut-on aller contre une tendance générale ? Certes non, c'aurait été un vrai suicide et les lecteurs auraient déserté la bibliothèque les uns après les autres  sans ne plus jamais revenir. 
    On mit donc de l'eau dans son vin. on devrait plutôt dire du vin dans son eau, et l'on accepta que les comités de lectures et d'achats, se montrent plus ouverts au monde actuel, avec ses formidables mutations. 
    Le roman avait toujours la primeur sur tout autre type d'ouvrage, ce que déploraient les responsables qui auraient eu beaucoup plus de plaisir de voir les lecteurs se charger de volumineux ouvrages  pratiques ou d'édification  en lesquels ils auraient pu trouver une manière  solide. Mais on ne façonne pas les goûts d'un public, on le subit, on le suit. Si bien qu'il fallut en passer par où il le désirait. Alors achetons des romans au kilo! 
    Il y avait une ambiance spéciale dans ces bibliothèques de village. On voyait tous ces livres, on soupesait le poids de cette immensité de culture et parfois même on était effrayé. Comment est-il possible que l'on puisse passer tant de temps à écrire ? Et écrire quoi, au juste, puisqu'il semblait parfois, qu'avec tous ces livres, on n'aurait plus rien à mettre sur le papier, que cela aurait été vain, aurait consituté un rajout sans importance. 
    Et pourtant, voilà, la vie ne s'arrête pas, et c'est la raison pour laquelle il y a et il y aura toujours de nouveaux livres.