109. Fabricant de chevillon.
Mais ils sont bien beaux, vos chevillons!
    Auguste Piguet aurait pu mettre ce métier-là dans les professions disparues. Puisque le chevillon n'est pratiquement plus utilisé dans la fabrication des vacherins. A moins qu'il ne fasse encore service pour les gros formats, ceux plus modestes étant désormais entourés d'un simple élastique. 
    Ces chevillons, que certains laitiers taillaient eux-mêmes dans leurs instants perdus. Pratique assez simple, somme toute, mais néanmoins on reconnaît l'artiste à la vue du résultat obtenu, c'est-à-dire de beaux chevillons calibrés juste ce qu'il faut, avec une belle pointe, petit bout de bois qui pénétrera sans problème dans les deux bouts de la sangle afin qu'ils fassent corps. 
    Petit acteur, tout petit, de la grande saga fromagère des temps passés. Qu'on aurait pu oublier dans un coin. Sans gloire, sans reconnaissance. Mais voilà, il a néanmoins su faire sa place au soleil, ces siècles passés, et ceux qui eurent à travailler avec lui ne l'oublient pas. Allez, hop, un coup de couteau et le voilà extrait de la sangle et de la pâte où il avait passé trois semaines, pour parfois, tant le geste est sûr et dynamique, aller gicler sur le sol, sous une table, bref, disparaître de votre vue. 
    Détails naturellement sans importance. Mais ils font, n'empêche, la richesse d'un métier. Alors, vive le chevillon  à qui nous rendons aujourd'hui hommage.