104. Une course de montagne en 1921 (récit d'un écolier signé Pierre B. pour Pierre Baud).
Un lac de rêve dont les profondeurs sont néanmoins bien angoissantes.
   Partis de Weinfelden le 8 juin, par un temps merveilleux, nous avons voyagé jusqu'à Zürich avec une classe de jeunes filles qui allaient sur le Righi et deux autres classes de garçons qui se rendaient, l'une au Pilate, l'autre au Titlis. Notre but était l'Uri-Rotstock.
    De Zoug, nous sommes, traînés par un train de marchandises jusqu'à Arth-Goldau; nous avons ici le loisir d'admirer le Righi, imposant, majestueux au-dessus des eaux bleues du lac de Zoug. De Arth à Fluelen, nous sommes dans l'express Zürich-Milan; c'est à peine si nous pouvons contempler le berceau de la Confédération tant la vitesse est grande et les tunnels nombreux.
    De Fluelen à Isleten, modeste village sur la rive gauche, nous traversons en bateau à moteur. Le vent fraîchit; notre petit vapeur danse à donner le mal de mer.
    Le coup d'oeil que l'on a du milieu du lac d'Uri est merveilleux; c'est d'ailleurs la partie la plus belle, la plus sauvage, du lac des Quatre-Cantons. Pour nous, écoliers, est enfin réalisé le rêve de tous ceux qui aimeraient tant voir une fois la Suisse centrale que nous ne connaissions que par nos cartes et un manuel plus ou moins ressemblants.