102. Les charretiers ou voituriers.
Edouard Simond, fier charretier
    Ils avaient pour travail de charger sur leurs attelages tirés par des chevaux les grands bois assemblés en "matons" au bord des chemins de forêt. Puis de conduire ces longs fûts aux scieries de la région. D'autres se contentaient de transporter des stères de bois, foyard ou sapin, de la forêt chez le particulier, aux établissements communaux ou aux gares de la région. 
    Pour les uns et les autres c'était un rude travail que l'on ne pouvait mener à bien  qu'avec des chevaux solides et d'une puissance légendaire. On les voyait alors passer dans les villages, et la scène était si familière, si commune, que l'on ne pensait même pas à la fixer sur pellicule. On croyait, dans sa naïveté, que ce travail, il est vrai connu depuis des siècles, allait se perpétuer des décennies encore  tel qu'il s'offrait, des hommes et des chevaux faisant la navette entre les hauts forestiers et le bas de la vallée. 
    Heureusement, malgré que l'on eut tendance à ne pas témoigner d'un  spectacle si commun, quelques-uns de nos photographes se donnèrent la peine de fixer par l'image cette activité forestière. Ce serait pour une postérité qui serait fascinée par une activité demandant une telle peine et une telle connaissance de la manière de déplacer les poids les plus lourds. 
    Plus tard vinrent naturellement les camions, sans équipement particulier d'abord, la façon dont on pouvait les charger à l'époque nous échappe, puis bientôt avec les treuils et les câbles, et enfin avec les grues et pinces actuelles. On ne ferait jamais guère mieux. Néanmoins la poésie en avait pris un coup et le passage de ces "monstres" dans nos villages ne susciterait plus un intérêt particulier.