62. Un village d'affineurs et de cloueurs de boîtes
Un temps, non à mettre un chat dehors, mais à clouer des boîtes.
    Les agriculteurs et autres gens de ce village clouaient des boîtes à domicile, et le soussigné sera cloué au pilori pour avoir révélé les petits secrets de deux métiers, affinage et montage de boîtes, qui faisaient pourtant une bonne part de la vie de ce village d'antan.
    Cette ambiance est désormais du passé. Il convenait néanmoins, à titre de témoignage, de la fixer sur le "marbre" afin que les générations futures sachent comment l'on vécut ici, c'est-à-dire, pour l'essentiel de la population, tant bien que mal, en se levant chaque matin pour gagner sa pitance.
    Le clouage à domicile, reconnaissons-le, gagnait peu et les affineurs auraient pu rajouter deux ou trois centimes, ou cinq, qu'ils ne s'en seraient pas trouvés plus mal, surtout qu'aujourd'hui beaucoup d'entre eux ne sont plus là pour jouir de leurs gains d'antan. C'est comme disait l'autre, ils n'emporteront pas leur tune dans un petit char qui suivra le cercueil! Miraculeusement tous à la même enseigne, et quel douce satisfaction pour tous les galeux et pelés de l'univers! 
    Mais c'était ainsi, on ne refait jamais l'histoire. Ce qui a été vécu ne reviendra pas. Il faut néanmoins s'en souvenir. Car dans le cas qui nous occupe, vacherins et boîtes, c'est avec  une véritable civilisation que nous avons rendez-vous.  A nulle autre pareille, avec ses originalités propres, celles qui véritablement vous créent une ambiance. Et celle-ci d'autant plus intense qu'il peut dans ce pays vous faire des -30o, ou qu'une bise soit si forte qu'elle se glisse par dessous les fenêtres pour vous glacer les mains!
    On cloue heureusement plus souvent encore dans de bonne cuisines chaudes, alors que le chat est près du fourneau, ou sur un banc qu'il y a autour de la table où s'alignent les boîtes montées, par piles de dix, ce qui rendra tantôt le comptage plus facile.
    Mais voilà qu'on dévoile déjà ce qui fera le charme de cette réminiscence, en laquelle nous vous prions de pénétrer sans vouloir à tout prix nous étriper, alors que nous sommes réellement aussi innocent que le petit enfant qui vient de naître !