41. Auguste Piguet, Le territoire et la commune du Lieu jusqu'en 1536, Le Sentier, Dupuis, 1946.
Riche et belle communauté du Lieu.
    Cet ouvrage fut pour nous formateur, en ce sens que c'est ici même, dans ces 170 pages,  que nous avons fait notre apprentissage de l'histoire locale. A cet égard Auguste Piguet fut considéré comme un véritable Dieu, figure majeure parmi nos historiens locaux. Ses cogitations historiques,  à l'époque, étant considérées pratiquement comme parole d'évangile! 
    Il s'agit de la première production d'importance du professeur Piguet. Qui, en quelque sorte y fait ses premières armes dans le domaine de l'histoire locale. C'est dire que lui aussi fait quelque part son apprentissage. Cela se sent, en ce sens que son écrit, tout passionnant qu'il puisse être, comprend des des failles redoutables, la première étant, et même qu'il s'agit ici d'un domaine très ancien où celles-ci seraient indispensables, qu'il ne cite aucune référence. Notre auteur demande donc à ses lecteurs qu'ils le croient sur parole. 
    Or celle-ci faute souvent. En ce sens que des pans entiers de notre histoire locale qui restent inexpliqués faute de documents, sont remis à jour selon des hypothèses. Et celles-ci, s'ajoutant à d'autres hypothèses finissent par créer une impression de vérité. Or une hypothèse reste une hypothèse, c'est-à-dire que l'on ne peut pas construire une histoire authentique à partir de tels éléments. Ils sont, comme qui dirait, à mettre entre parenthèse dans l'attente de documents authentiques, ceux-ci qui ne viendront pourtant très certainement jamais, puisque notre fonds archivistique à ses limites, et qu'il est peu certains que de nouvelles pièces d'archives puissent intervenir un jour ou l'autre. 
    On demandera donc au lecteur de cet opuscule de s'armer de doute et de ne pas prendre tout ce que pourra écrire Auguste Piguet pour argent content. Notre professeur remet les pieds sur terre quand il en arrive à une période qui peut être décortiquée de manière plus ou moins précise grâce aux livres de reconnaissances, ceux-ci d'une utilité plus que primordiale. Alors nous découvrons vraiment du sérieux et du fiable. 
    Ces réticences mises à part, nous ne voulons pas enlever au lecteur le plaisir de plonger dans une histoire possible mais non certifiée. Il faut que celui-ci comprenne aussi que dans ce vieux passé, il existe des trous, importants, et que ceux-ci, devrait-on retourner notre matière dans tous les sens, ne pourront jamais être bouchés. C'est d'ailleurs bien là ce qui a toujours tracassé  nos historiens, ces grands vides qu'ils n'arrivèrent jamais à  laisser en l'état. On a donc comblé, on a expliqué, on a fabulé surtout, et en conséquence, inévitablement, on s'est bien souvent égaré! Voire même l'on a menti  sciemment en regard de la matière que l'on avait à disposition.