34. A la recherche de l'homme perdu, par David des Ordons et autres.
C'était quelque part dans les hauts de Vers chez Besançon...
    Ne disait-on pas autrefois que les enfants de l'homme perdu, ils étaient quatre, pratiquaient l'aumône dans nos villages en se référant à la tragique disparition de leur père ?
    L'homme perdu, dont la légende, douloureuse en vérité, hantait notre mémoire collective. On avait tout oublié très certainement des temps anciens où couraient peut-être de semblables histoires. On ne se souvenait plus que de son siècle, le XIXe, à l'aube duquel eurent lieu les tristes événements qui suivront. Et qui étaient bien là pour effrayer les enfants quand on en parlait à la veillée, sous la grande cheminée où pendaient saucisses et saucissons ou à la chambre devant, près des fenêtres où oeuvraient jusque tard dans la soirée les habitants de la maison, horlogers pour la plupart. Car de cet homme perdu, les pères ou grand-pères avaient encore pu connaître la vie. Et de ne pas en savoir la fin réelle, tourmentait leur curiosité innée et naturelle.
    On l'eut vite oublié, on l'eut même enterré définitivement dans les souvenirs, si on eut su sa mort exacte. Où celle-ci s'était-elle produite ? Et dans quelles circonstances ? Ce n'aurait été en somme qu'un drame de plus en nos contrées où, comme partout ailleurs, il y en eut tant, si tellement qu'on les a tous oubliés!