21. Au bon vieux temps, un texte signé R.B. et paru dans la FAVJ du 29 juin 1955.
Les Mollards du Bas du Chenit. Photo collection Marcel Golay-Caillet à l'Orient.
    Soixante-dix ans, le bon vieux d’aujourd’hui se mue aussitôt en un garçonnet qui ne doit guère ressembler, quant à l’habit, au petit monsieur de nos jours. Il descend des « Mollards » et se rend à l’école. Mentalement il répète la leçon qu’il a apprise par cœur la veille et tout son souci est de n’en pas oublier un seul mot, car, sur le chapitre de la mémoire, le « régent » se montre intransigeant. Il parle correctement le français. Toutefois, à la récréation, avec ses camarades, il s’en tiendra en patois. Ses frères et sœurs aussi s’expriment dans le vieux langage. Cependant ce n’est point sa langue maternelle. Ses parents, qui entre eux parlent en patois, s’adressent à leurs enfants en français, afin qu’ils aient de la facilité à l’école. A la maison déjà, avant sept ans, il a appris à lire dans une grosse bible. Mais, à force d’entendre le patois autour de lui : les hommes à l’étable, les bonnes femmes dans les magasins, les enfants sur la route, il l’a dans l’oreille et, à son tour, il s’en sert avec aisance. Il connaît des chants, des poésies dans la langue du pays et, lors d’une fête en classe, lui aussi a récité une histoire savoureuse qui a illuminé le visage du « régent ». Mais le patois ne trouve accueil à l’école qu’un jour par année.