12 février. Une grande fille gagne et pleure.
Quand le jour de gloire est arrivé!
    On l'aura reconnue. Elle sera dans tous les journaux. Et si ses parents qui ont le temps, on le suppose, s'amusent à découper les articles de presse à paraître ces prochaines heures, voire ces prochains jours, ils en auront pour le restant  de l'année! Y en aura des classeurs pleins. Et des photos à revendre dont certaines pourraient prendre place sur la bibliothèque ou sur le dressoir du salon, qui le sait.    
    Quelle jour de gloire. Nous l'évoquons ici même pour tenter de retrouver ce qui se passe dans la tête d'une jeune femme qui est montée pour la première fois sur la plus haute marche du podium lors de ce que l'on pourrait appeler une grande manifestation. Ce doit être étonnant, étrange, exaltant, attendrissant, fabuleux. Pourvu, se dit-on quand même, qu'il ne lui prenne pas de se faire la grosse tête! Qu'elle perde la notion des réalités. Qu'elle s'emballe. Qu'elle fantasme. Qu'elle aille se croire au-dessus du lot!  
    Mais pour cette fille-là, rien à craindre. Elle a les deux pieds sur terre, elle sait ce qu'est l'épreuve, elle pressent aussi tout ce que la gloire, si bonne à prendre quand c'est le présent, c'est normal, peut avoir parfois de lourd à porter quand c'est pour toute une vie. Et que désormais plus rien ni personne ne vous laisse en paix pour aller votre  chemin sans que l'on ne vous reconnaisse à chaque coin de rue, et que surtout l'on ne vous parle plus comme autrefois alors que c'était en somme si bon d'être anonyme !