123. Le Noël du cantonnier, un laborieux conte de Julie Meylan - paru dans la Feuille d'Avis de Lausanne du 23 décembre 1912 -.
Il y a aussi des cantonniers parmi les santons de Provence!
    Un peu plus tard, Charles-Antoine Wulliod, pionnier cantonal, vêtu de son beau tricot des dimanches, s’acheminait vers le chef-lieu. Un brouillard bas et humide ouatait l’horizon et amortissait le bruit des pas. De temps à autre, un groupe de saules émondés coupait la monotonie de la plaine. A peine si un corbeau, occupé à fourrager dans un champ labouré, s’enfuyait en coassant à l’approche du piéton. Les hautes graminées sèches que l’été avait laissées au bord des champs s’alourdissaient de gouttelettes que le froid transformait en perles de givre. Le long de cette route qu’il soignait depuis tantôt quinze ans et dont il connaissait les moindres accidents, Charles-Antoine marchait vite. Il fallait bien se réchauffer, arriver le plus tôt possible aussi. Déjà, à travers le brouillard, se profilaient les tours rondes du château moyenâgeux et le clocher caractéristiques de la vieille église conventuelle.  
   - Nous y voici ! murmura le voyageur, en rectifiant le nœud de sa grosse cravate et en repoussant en arrière le bonnet de peau de chat enfoncé trop bas sur les yeux.