122. Dernier Noël, un conte de Julie Meylan - paru dans le Semeur vaudois du 21 décembre 1912 -.
Une maison comme on les rêve...
    Dans la cuisine aux recoins sombres, Marie a dressé la table. Le café odorant fume et les pommes de terre belles rôties s'entassent sur le plat en faïence décorée. Taciturnes, l'homme et la femme, assis en face l'un de l'autre, mangent, les yeux fixés sur leur assiette. Au bout de la table, le grand-père essaie d'avaler quelques bouchées, mais il n'a pas l'air d'avoir grand appétit. Son morceau de pain presque intact demeure à côté de la tasse pleine. Avec ses yeux clairs, ses cheveux blancs, longs et soyeux et son teint un peu rosé, le beau vieillard est l'image de la paix intérieure. son âme sereine transparaît à travers l'usure du corps et, malgré les rides de son âge, on devine l'éternelle jeunesse, celle qui, selon les philosophes, s'alimente aux sources éternelles de la foi, de l'enthousiasme et de l'amour.