121. Bienveillance envers les hommes, un récit de Noël de Julie Meylan - paru dans la Feuille d'Avis de Lausanne du 29 décembre 1911 -
La cloche à Fumaux...
    Sylvain Fumaux est un simple, et il ne lui a pas été beaucoup donné, disent les bonnes gens. Et c’est vrai. Pourtant il a appris beaucoup de choses au catéchisme ; puis, l’observation journalière de la nature et des êtres qui la peuplent, a fait de lui un poète et un sage. Cette association de caractères si divers peut, au premier abord, paraître bien étrange, mais réfléchissant, on comprend bientôt que la vraie intelligence ne consiste pas à jeter de la poudre aux yeux des gens ni à rechercher coûte que coûte la première place.
    Sous ce rapport, Sylvain Fumaux n’a aucune prétention ; s’il connaissait la fable que narra jadis le bon La Fontaine, il répéterait sans doute avec le grillon : « Pour vivre heureux, vivons cachés », en quoi il n’aurait pas tort. Il est donc un vrai philosophe qui fuit les apparences trompeuses et qui donne aux choses leur valeur réelle. Puis il est poète. La nature, avec qui il communie durant toute l’année, lui révèle ses secrets merveilleux ; les fontaines champêres lui babillent les chansons ailées du printemps fleuri et le clapotement des vagues murmure la plainte de la grande aspiration humaine vers l’idéal !