116. Comme dans l'étable, un conte de Noël de Julie Meylan, paru dans la Feuille d'Avis de Lausanne le 23 décembre 1935.
Le braconnier, de Frédéric Rouge.
    Jamais on ne vit journée plus maussade. Le ciel, d’un gris plombé ne laissait pas apercevoir la plus petite tache bleue  du fond de la vallée, le vent amenait jusqu’aux cimes de vilaines et tristes brumes. Elles montaient par les couloirs, s’accrochaient aux rochers et, pareilles à de monstrueux reptiles, s’enroulaient un instant autour des crêtes avant de s’évanouir pour faire place à d’autres. On ne voyait pas à cent pas devant soi et il fallait être du pays pour s’aventurer sur les hauteurs, loin des sentiers battus. C’était vraiment une triste veille de Noël.    
    Cependant, dans son chalet de la Rapaz, Matthieu Crettaz ne se laisse pas gagner par la mélancolie ambiante, car il siffle aussi gaîment qu’une grive ivre de raisin au temps de la vendange. En ce moment, il soigne son bétail,  et par la porte ouverte de l’étable,  s’échappe une buée tiède qui a une odeur de fumier et de foin sec.